Nourriture (nom féminin, subst. féminin)


Définition de l'Académie française (éd. 1986)

Nom féminin 

XII e siècle. Issu du latin chrétien nutritura, « action de nourrir ».
1. Action de nourrir, de pourvoir à la subsistance de quelqu'un ; le fait de se nourrir, de pourvoir à sa subsistance. Par son travail, il assure sa . Spécialt. Vieilli. Action de nourrir un enfant de son lait ; allaitement. Cette mère a été épuisée par des s successives.
2. L'ensemble des substances qui servent d'aliment. Une saine, raffinée, abondante. Se jeter sur la . Refuser toute . Fig. L'âme, l'esprit ont besoin de aussi bien que le corps. Prov. ancien. Nourriture passe nature, la bonne éducation peut corriger les défauts d'un mauvais naturel. Titre célèbre : Les Nourritures terrestres, d'André Gide (1897).


Signification de l'Académie française (éd. 1932-35)

Nom féminin 

Aliment. "Nourriture succulente. Il refuse toute . La moindre lui suffit."
Il signifie aussi Subsistance des hommes et des animaux au moyen des aliments. "Son travail lui procure, lui donne la . Cet homme dépense tant pour sa ."
Fig., "L'âme a besoin de aussi bien que le corps. La lecture est la de l'esprit."
NOURRITURE se dit encore de l'Allaitement, de l'action de nourrir un enfant de son lait. "Cette mère a été épuisée par des s successives."
"Nourriture" s'est dit aussi pour Éducation. Il est encore employé avec cette signification dans ce proverbe : "Nourriture passe nature," La bonne éducation peut corriger les défauts d'un mauvais naturel.



Dictionnaire d'Emile Littré

Subst. féminin 



 1   Allaitement, action de nourrir un enfant de son lait. Sa l'a fatiguée.
SÉV.: « Ces sortes de créatures [les nourrices] sont des oiseaux de passage que l'on souffre à cause des pauvres enfants qui se sentent toute leur vie d'une si terrible »
J. J. ROUSS.: « Dans les s où l'on ne regarde qu'au physique »
    Faire des s, allaiter les enfants pendant le temps nécessaire. Cette nourrice a fait deux s avec le même lait.
    Par extension. Faire des s, élever du bétail, de la volaille dans une terre, dans une maison de campagne.

 2   Temps durant lequel une femme allaite un enfant. Quand sa sera finie.

 3   Terme de sériciculture. La quantité de vers à nourrir. Avez-vous une forte ? Je n'en fais que deux onces, c'est-à-dire je ne fais éclore que deux onces d'oeufs de vers à soie.

 4   Celui qu'on a nourri, élève, enfant (vieilli en ce sens).
D'URFÉ: « Cléontine, qui jugea ce parti avantageux pour sa , me remercia de la volonté que j'avais pour Célidée »
TRISTAN: « Comme il est votre fils, il est ma »
CORN.: « Et quel que soit ce fils que Rome vous envoie, Seigneur, je lui rendrais son présent avec joie ; S'il est si bien instruit en l'art de commander, C'est un rare trésor qu'elle devrait garder, Et conserver chez soi sa chère , Ou pour le consulat ou pour la dictature »
    Ironiquement. Vous avez fait là une belle .
    On dit d'un poulain bien fait : C'est une belle .

 5   Ancien synonyme d'éducation.
D'URFÉ: « Alcippe, ayant été nourri par son père avec la simplicité de berger, eut toujours un esprit si éloigné de sa , que toute autre chose lui plaisait plus que tout ce qui sentait le village »
CORN.: « C'est du fils d'un tyran que j'ai fait ce héros, Tant ce qu'il a reçu d'heureuse Dompte ce mauvais sang qu'il eut de la nature »
CORN.: « Elle [Rome] a nourri vingt ans un prince votre fils.... Si vous faites état de cette »
RETZ: « La qu'il [le maréchal de la Meilleraie] avait prise à celle [la maison] de M. le cardinal de Richelieu, avait fait de si fortes impressions dans son esprit, que, bien qu'il eût beaucoup d'aversion pour le cardinal Mazarin, il tremblait dès qu'il entendait nommer son nom »
LA FONT.: « Mais la diverse Fortifiant en l'un [chien] cette heureuse nature, En l'autre l'altérant.... »
    Ce terme a continué de vieillir malgré cette recommandation de Voltaire :
VOLT.: « Il mérite d'être conservé en usage ; il est très supérieur à éducation, qui, étant trop long et composé de syllabes sourdes, ne doit pas entrer dans un vers »

 6   Ce qui nourrit, ensemble des aliments destinés à nourrir l'homme et les animaux, à réparer leurs forces, entretenir leur existence.
PATRU: « Être condamné au payement des s d'un cheval »
SACI: « Vous êtes devenus comme des personnes à qui on ne devrait donner que du lait, et non une solide »
BOSSUET: « La que les hommes prenaient »
BOSSUET: « Mandez-moi ce qu'il faut pour la et les ustensiles de ces pauvres femmes »
BOSSUET: « Pouvons-nous n'apercevoir pas ce que nous perdons sans cesse avec les années ? le repos et la ne sont-ils pas de faibles remèdes de la continuelle maladie qui nous travaille ? »
RAC.: « Et la nuit a trois fois chassé la nuit obscure Depuis que votre corps languit sans »
LA BRUY.: « De simples bourgeois, seulement à cause qu'ils étaient riches, ont eu l'audace d'avaler en un seul morceau la de cent familles »
LESAGE: « Il a sa et son logement chez le duc de Medina Celi ; il ne fait point de dépense ; il doit être fort bien dans ses affaires »
MARIVAUX: « C'est une chose admirable que la , lorsqu'on a du chagrin ; il est certain qu'elle met du calme dans l'esprit »
BUFF.: « Le climat et la influent sur la forme des animaux d'une manière si marquée, qu'on ne peut douter de leurs effets »
J. J. ROUSS.: « Il y a aux Indes des millions d'hommes dont la ne coûte pas un sou par jour »
TISSOT: « Les s les plus dures ne sont pas trop pénibles pour le robuste laboureur »
    Chercher sa , aller en quête de ce qui sert à soutenir la vie, en parlant soit des hommes à l'état sauvage, soit des bêtes.
J. J. ROUSS.: « Il existe certainement des hommes qui n'ont jamais eu d'entretien philosophique en leur vie, et dont tout le temps se consume à chercher leur , la dévorer et dormir »

 7   Sucs qui servent à l'entretien des êtres vivants. Cet arbre prend , ne prend pas de . Après la consolidation d'une fracture, le membre, débarrassé du bandage, commence à prendre de la .

 8   Au plur. Stipulation par laquelle des parents s'engageaient à nourrir les jeunes mariés pendant un temps déterminé.
SÉV.: « La demoiselle a deux cent mille francs, bien des s »
SÉV.: « Ce mariage est fort bon.... une alliance agréable, tous les Lamoignons, deux cent mille francs, des s à l'infini »
LA BRUY.: « L'on peut compter sûrement sur la dot, le douaire et les conventions, mais faiblement sur les s : elles dépendent d'une union fragile de la belle-mère et de la bru »
SAINT-SIMON: « Toutes les difficultés [de mon mariage] s'aplanirent moyennant 400 000 livres comptant, sans renoncer à rien, et des s indéfinies à la cour et à l'armée »
    Stipuler par contrat de mariage tant d'années de , faire insérer dans le contrat que les conjoints seront nourris durant tant d'années par les parents de l'un d'eux.

 9   Par extension, ce qui entretient et fait durer.
CORN.: « C'est un feu qui s'éteint faute de »
BOILEAU: « Et son feu [d'un poëte], dépourvu de sens et de lecture, S'éteint à chaque pas faute de »
VOLT.: « Ce flambeau sans N'a qu'une lueur obscure Plus affreuse que la nuit »

 10   Fig. Ce qui sert d'aliment intellectuel ou moral.
PATRU: « L'honneur est la et le plus ardent désir des âmes bien nées »
SÉV.: « Enfin, ma fille, voilà trois de vos lettres.... c'est la vie, c'est une agitation, une occupation, c'est une ; sans cela on est en faiblesse »
SÉV.: « J'aime cent fois mieux cette vie que celle de Rennes ; ce sera assez tôt d'y aller passer le carême pour la de l'âme et du corps »
BOSSUET: « Dieu, qu'il invoquait avec foi, lui donna le goût de son Écriture, et, dans ce livre divin, la solide de la piété »
FLÉCH.: « C'était de leurs mains [des prêtres] qu'elle recevait le corps et le sang du Fils de Dieu ; voilà la source de son respect ; comme c'est de cette céleste que l'âme chrétienne tire sa force, sa consolation et sa charité.... »
FÉN.: « Je fais [mon Dieu] tout ce qu'il vous plaît ; ma est de faire votre volonté »
DELILLE: « De même que le corps, l'âme a sa »
COLLIN D'HARLEVILLE: « Élise s'est gâté l'esprit par sa lecture ; Elle en est aux romans pour toute »

 11   Se dit du tan et des autres substances que les peaux absorbent dans leur préparation.

 12   Terme de marine. Se dit, parmi les matelots, des grains ou nuages orageux qui couvrent le ciel.

 13   Terme d'alchimie. Nourriture de la pierre, continuation du feu.

PROVERBE Nourriture passe nature, c'est-à-dire une bonne éducation peut corriger les mauvaises inclinations naturelles.

HISTORIQUE
    XIème siècle
     Lois de Guil. 25: Et s'il pot prover que ceo [cela, le bétail] soit de sa nurture
    XIIIème siècle
     Ms. de poésies franç. avant 1300, t. I, p. 374, dans LACURNE: ... Estranges païs, Lointains de ma norreture [pays natal]
DU CANGE: « Riches homs est à desmesure De bestes et de noureture.... Si a guerpie [abandonné] la pasture Les bestes, et la nourreture »
     Berte, XLVI: Ne peüst vers tel peine avoir nule durée, Selon la nourreture dont elle ert [était] gouvernée
    XIVème siècle
ORESME: « Et pour ce pourroit aucun diviser et separer d'ensemble amisté de lignage et amisté de nourreture ou de ceulx qui sont nourris ensemble »
DU CANGE: « Le quel Thevenon avoit fait mengier grant partie de leur avoine à ses bestes et norretures »
    XVème siècle
COMM.: « Les princes sont plus enclins en toutes choses voluntaires que autres hommes, pour la et petit chastoye que ilz ont eu en leurs jeunesses »
COMM.: « Et s'il n'eust eu la autre que les seigneurs que j'ay veus nourrir en ce royaulme.... car ils ne les nourrissent seullement que à faire les sotz en habillement et en parolles, de nulle lettre ilz n'ont congnoissance »
COMM.: « Et combien que je n'aye demouré sur le lieu, si fuz-je informé comme les affaires passoient, et le povez bien aysement entendre pour la congnoissance et que j'avoye eu de l'ung costé et de l'autre »
     Perceforest, t. VI, f° 44: Alors je seroye eschappée des mains de Salphar, et si ay espoir que fortune me rapporteroit en la terre de ma [où j'ai été élevée]
    XVIème siècle
MAROT: « Non seulement humaines creatures Chercherent bleds etautres s »
CALV.: « Nous sommes toutesfois en la tutele du Seigneur, nous les brebis de sa »
PARÉ: « Parquoy l'enfant qui est au ventre de la nourrice ne prend suffisante , et l'enfant qui est au dehors en prend de mauvaise »
AMYOT: « Ils estoient encore en aage de prendre le ply de telle qu'il leur vouloit bailler »
DESPORTES: « Ô vous, morts, qui gisez des vers, Laissez les monumens, reprenez la lumiere »
PASQUIER: « La princesse devisa longuement avecque sa [celui qu'elle avait élevé] »
D'AUB.: « Or, vivez de venin, sanglante geniture ; Je n'ai plus que du sang pour vostre »

ÉTYMOLOGIE
    Berry, nourreture ; provenç. noyritura, noiridura ; ital. nutritura ; du lat. nutritura, qui vient de nutritum, supin de nutrire, nourrir.

SUPPLÉMENT AU DICTIONNAIRE NOURRITURE. Ajoutez :

 14   Terme d'exploitation houillère.
DEMANET: « Venue d'eau constante qui alimente un bain d'eau »


1ère signification éditée en 1835 par l'Académie Française

Subst. féminin 


Aliment; subsistance des hommes et des animaux au moyen des aliments. "Bonne, mauvaise . Nourriture succulente. Cette racine fournit une facile à digérer. Il refuse toute . La moindre lui suffit. Son travail lui procure, lui donne la . Faire des excès de . La est bonne, est mauvaise dans cette pension, dans ce collége. Prendre de la . Il est bien malade, il ne prend plus de . Il meurt faute de . Cet homme dépense tant pour sa . On ne donne point de gages à ce domestique, on ne donne point de salaire à cet ouvrier, on l'a pris pour sa . Il lui en coûte cher pour la de ses poulets, de ses pigeons."
"Stipuler par contrat de mariage tant d'années de ," Faire insérer dans le contrat que les conjoints seront nourris durant tant d'années par les parents de l'un d'eux.



2ème signification éditée en 1835 par l'Académie Française



se dit aussi de Certaines humeurs, de certains sucs qui servent au développement et à l'entretien des corps animés et des végétaux. "Son bras était amaigri, mais il recommence à prendre . Sa main ne prend plus de . Cet arbre prend , ne prend point de ."



3ème signification éditée en 1835 par l'Académie Française



se dit quelquefois figurément et au sens moral. "L'esprit a besoin de aussi bien que le corps. La science est la de l'âme."



4ème signification éditée en 1835 par l'Académie Française



se dit encore de L'allaitement, de l'action de nourrir un enfant de son lait. "Cette femme a déjà fait plusieurs s, en est à sa deuxième, à sa troisième , a fait deux s du même lait. La première de cette femme n'a pas réussi, elle avait trop peu de lait. Cette femme a fait une belle ."
Il se dit aussi, figurément, de Celui qu'on a élevé, du disciple qu'on a formé. "Sa chère ." Ironiquement, "Vous avez fait là une belle ." Il a vieilli dans cette acception.
Prov., "Nourriture passe nature," La bonne éducation peut corriger les défauts d'un mauvais naturel.
"Faire des s," Nourrir, élever du bétail, de la volaille dans une terre, dans une maison de campagne. "C'est une terre propre à y faire des s."



1ère ancienne définition de 1798 (Académie Française)

Subst. féminin 


Aliment. "Bonne . Mauvaise . Nourriture succulente. Prendre de la . Il est bien malade, il ne prend plus de . Il meurt faute denourriture".



2ème ancienne définition de 1798 (Académie Française)



Nourriture, s'emploie quelquefois au figuré. "L'esprit a besoin de aussi-bien que le corps".
En parlant De l'éducation d'un jeune enfant mal élevé, on dit en plaisantant à celui qui en a pris soin, "Vous avez fait là une belle ".
On dit proverbialement, "Nourriture passe nature," pour dire, que La bonne éducation peut corriger les défauts d'un mauvais naturel.



1ère signification éditée en 1762 (dictionnaire de l'Académie Française)



Aliment. "Bonne . Mauvaise . Nourriture succulente. Prendre de la . Il est bien malade, il ne prend plus de . Il meurt faute de ."



2ème signification éditée en 1762 (dictionnaire de l'Académie Française)



s'emploie quelquefois au figuré. "L'esprit a besoin de aussi-bien que le corps."
En parlant De l'éducation d'un jeune enfant mal élevé, on dit en plaisanterie à celui qui en a pris soin, "Vous avez fait là une belle ."
On dit proverbialement, "Nourriture passe nature," pour dire, que La bonne éducation peut corriger les défauts d'un mauvais naturel.




Emplacement dans le dictionnaire :

nourrice
nourricier
nourrir
nourrissable
nourrissage
nourrissant
nourrissement
nourrisseur
nourrisson

nous
nouure
nouveau
nouveau
nouveau ou
nouveau-né
nouveauté
nouvel
nouvelle
nouvellement
nouvelles




Quelques citations relatives :

Citation n°1 de Pierre LOTI (Le Mariage de Loti : Rarahu)

...qu'avec ses idées tahitiennes elle s'expliquait à peine. Dans ce pays où la misère est inconnue et le travail inutile, où chacun a sa place au soleil et à l'ombre, sa place dans l'eau et sa nourriture dans les bois, -les enfants croissent comme les plantes, libres et sans culture, là où le caprice de leurs parents les a placés. La famille n'a pas cette cohésion que lui donne en Europe, à défaut...


Citation n°2 de Pierre LOTI (Le Mariage de Loti : Rarahu)

...avait à sa disposition la baleinière du chef du district, et nous convînmes de repartir pour Tahiti dès que le vent et l'état de la mer nous le permettraient. J'avais dit que j'étais habitué à la nourriture indigène, et que je me contenterais comme le reste de la famille des fruits de l'arbre à pain. Mais la veille Hapoto avait ordonné de grands préparatifs pour mon repas du soir, qui devait être un...


Citation n°3 de Pierre LOTI (Pêcheur d'Islande)

...de sa croix, restait là, au milieu de ces tranquillités, regardant toujours, jusqu'à la nuit tombée, jusqu'à ne plus rien voir. 5e PARTIE, IX Septembre venait de finir. Elle ne prenait plus aucune nourriture, elle ne dormait plus. à présent, elle restait chez elle, et se tenait accroupie, les mains entre les genoux, la tête renversée et appuyée au mur derrière. à quoi bon se lever, à quoi bon se coucher...


Citation n°4 de Émile DURKHEIM (De la division du travail social)

...il n'y a plus que des différences de degrés. C'est ainsi que, chez l'animal, la prééminence du système nerveux sur les autres systèmes se réduit au droit, si l'on peut parler ainsi, de recevoir une nourriture plus choisie et de prendre sa part avant les autres ; mais il a besoin d'eux, comme ils ont besoin de lui. Ce type social repose sur des principes tellement différents du précédent qu'il ne peut se...


Citation n°5 de Émile DURKHEIM (De la division du travail social)

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